Entrevue avec
Alain Dumas

Compagnie
IGA
Année
2016

Le goût d’innover .

Il raffole de bonne bouffe, de chiffres, d’innovation et de technologie. C’est la recette gagnante qui lui a permis de créer le premier site transactionnel d’épicerie en ligne en Amérique. Depuis vingt ans, Alain Dumas pense et repense les rapports entre l’alimentation et le numérique au Québec. Portrait d'un dirigeant allumé et visionnaire: le directeur principal, Stratégie numérique pour Sobeys inc.

De la finance à l’alimentation

Alain Dumas est un « pur produit de Sobeys ». Il a mis les pieds dans la compagnie pour la première fois en 1987. Diplômé en analyse financière informatisée, il « trippait » déjà sur l’informatique. L’industrie de l’alimentation lui a offert un passionnant terrain de jeu.

« Le food, c’est un domaine extrêmement technologique et créatif, qui bouge beaucoup plus qu’on ne le pense, souligne-t-il. Il y a toute la partie liée au numérique à proprement parler, mais aussi l’aspect caisse, les bases de données de consommateurs, les programmes de fidélité, etc. »

Chez Sobeys, Alain a occupé plusieurs fonctions : analyste financier aux opérations, conseiller en système d’information, directeur de la bannière Bonichoix, chef de service administratif aux opérations de détail et, plus récemment, directeur aux affaires publiques. Au fil des années et de ses changements de poste, il a toutefois toujours conservé la responsabilité du numérique. Et pour cause : il a fait ses preuves en la matière. Alain est à l’origine d’IGA.net. En 1996, à une époque où Netscape était le nec plus ultra des navigateurs (!) et où Amazon faisait encore ses premiers pas dans la vente en ligne, il a pris en charge la mise sur pied du premier site transactionnel dans le domaine alimentaire en Amérique du Nord

Prendre l’offensive
en innovant

Plus de 20 ans plus tard, Alain Dumas affiche le même esprit avant-gardiste. Le contexte dans lequel il évolue est cependant bien différent.

Entre 1996 et aujourd’hui, l’industrie de l’alimentation a connu plusieurs vagues de transformations. Alain se rappelle par exemple la « guerre des pieds carrés » qui a marqué le début des années 2000. « À ce moment-là, il fallait occuper le territoire. Des investissements majeurs ont été réalisés dans l’immobilier et beaucoup d’agrandissements d’épiceries ont été faits. » La tendance a cependant fini par s’arrêter, voire par s’inverser. De nos jours, la taille des magasins tend à diminuer. La mode est plutôt aux formats réduits.

Si la compétition ne se déroule plus sur le terrain de la superficie, la lutte n’en reste pas moins féroce. Ces dernières années, un nouveau phénomène a frappé de plein fouet les épiciers. « Tout le monde s’est mis à vendre de la nourriture », explique Alain. Autrefois, trois ou quatre grands joueurs contrôlaient 70 % du marché. Désormais, il est de plus en plus morcelé.

«  On ne peut pas perdre passivement des parts de marché chaque année et se réconforter en se disant qu’on va consolider, être plus efficaces, gérer ses coûts.

Ça, c’est gérer de la décroissance.
Et il faut faire le contraire.  »

" Dans 20 ans, notre modèle d’affaires sera peut-être complètement différent de ce qu’il est aujourd’hui. Mais au moins, on aura survécu ! "

Dans ce nouvel environnement concurrentiel, le responsable de la stratégie numérique chez Sobeys Québec voit néanmoins de belles occasions à saisir pour les chaînes de supermarchés. « Nous devons arrêter de perdre de l’énergie à essayer de protéger nos niches et rediriger nos efforts pour trouver des façons d’innover grâce au numérique ». Si Amazon peut jouer dans la cour des spécialistes de l’alimentaire, l’inverse est aussi possible, affirme-t-il.

Alain donne en exemple le cas de Tesco, leader de l’alimentation en Europe, qui s’est mis à vendre des électroménagers et une panoplie d’autres biens non alimentaires en ligne. En 2011 et 2012, la multinationale britannique s’est même aventurée dans la vente de véhicules usagés, sur son site tescocars.com. « Tesco a réalisé que la confiance envers sa marque était tellement forte qu’elle a pu élargir son offre en s’associant aux bons partenaires. Elle a joué le jeu d’Amazon à l’envers ! À mon avis, c’est la voie de l’avenir. »

Être plus combatif et diversifier sa gamme de produits au-delà des catégories habituellement réservées aux épiceries, voilà donc l’approche préconisée par le gestionnaire. « Dans 20 ans, notre modèle d’affaires sera peut-être complètement différent de ce qu’il est au­jourd’hui. Mais au moins, on aura survécu ! On ne peut pas perdre passivement des parts de marché chaque année et se réconforter en se disant qu’on va consolider, être plus efficaces, gérer ses coûts. Ça, c’est gérer de la décroissance. Et il faut faire le contraire. »

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CONFESSIONS D'UN GLOBE-TROTTER GASTRONOMIQUEE
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L’endroit où trouver Alain quand il ne travaille pas

« En voyage ! C’est une véritable passion. J’ai eu de gros coups de cœur pour le Cambodge, Berlin et l’Argentine. Et, déformation professionnelle oblige, j’aime particulièrement découvrir de nouvelles cultures culinaires à l’étranger. »

L’endroit où un repas l’a le plus impressionné

« À Saint-Pétersbourg en Russie, lors d’un gala à l'Église Sainte-Catherine. Nous avons eu droit à un repas cuisiné par un prestigieux traiteur français qui cuisinait pour les tsars et qui prépare aussi le souper du jour de l’an du président. C’était un repas extraordinaire. De mémoire, mon meilleur. Et quelle ambiance ! »