Entrevue avec
Catherine Légaré - Lyne Maurier

Compagnie
Academos
Année
2016

La vie est trop courte pour s'ennuyer .

À la fin des années 1990, la plateforme de cybermentorat Academos devait simplement être le projet de doctorat de Catherine Légaré. Près de 20 ans et quelques évolutions plus tard, Academos est devenue un véritable réseau social de l’orientation scolaire utilisé par plusieurs dizaines de milliers de jeunes. 

Et on n’a pas encore tout vu ! Catherine et sa directrice générale, Lyne Maurier, ont d’autres cartes dans leurs manches pour aider plus de Québécois à trouver leur voie. 

Questions et réponses avec deux leaders sociales inspirantes.

Q. Diriez-vous que l’école et la technologie font bon ménage à l’heure actuelle ?

R. Catherine L’éducation est un drôle de secteur. Un secteur où l’on prépare notre avenir, mais qui demeure très conservateur, très normé, et où il est difficile d’implanter l’innovation à grande échelle. Si vous lisez les journaux, vous savez que c’est, en outre, un secteur qui manque d’argent. Résultat : l’école québécoise est en retard sur le plan technologique. D’un autre côté, l’éducation est un domaine extrêmement prometteur, propice à tellement d’innovations. En général, les enfants sont créatifs et prêts à embarquer dans à peu près n’importe quoi. Bref, l’école présente un gros paradoxe…

Lyne Pour certains jeunes, entrer dans une école de nos jours, c'est un peu comme mettre les pieds dans le passé. Et on leur interdit tout ce qu'ils aiment: leur tablette, leur téléphone, la technologie.

Q. Comment êtes-vous arrivées à faire votre place dans cet environ­nement ?

R. Catherine On a pris notre bâton de pèlerin ! On est allées parler aux gens du milieu de l’éducation. Au départ, les conseillers en orientation étaient protecteurs de leur domaine. Academos pénétrait dans un écosystème existant. Il fallait faire accepter notre innovation. Je comparerais notre situation à ce qui s’est produit dans l’industrie du taxi quand Uber a débarqué. La différence, c’est que nous avons choisi d’impliquer les personnes en place et de tenir compte d’elles.

Aujourd’hui, ce qui est cool, c’est qu’on sent un réel vent de changement. L’école comprend qu’elle doit intégrer la technologie et nous sommes vues comme un modèle en la matière. Depuis deux ou trois ans, on s’engage d’ailleurs concrètement dans la redéfinition de l’école, en rédigeant des mémoires, en s’associant à des événements, etc.

Q. Pourquoi êtes-vous convaincues que l’école doit se réinventer ? 

R. Catherine Parce que si on n’embrasse pas le 21e siècle — ce qui inclut les nouvelles technologies, mais également toutes sortes de compétences essentielles pour l’avenir comme la créativité, la collaboration et l’innovation —, on ne sera pas une société compétitive. L’école doit prendre en main le développement de ces compétences chez les enfants. D’autres pays le font !

Q. Votre plateforme numérique a d’abord été pensée pour aider les jeunes à s’orienter. Pourrait-elle s’appliquer à d’autres clientèles ?

R. Lyne Bien sûr ! Academos pourrait être transposée chez les adultes, devenir un outil pour les nouveaux employés qui tentent de se faire une place dans leur milieu de travail ou pour ceux, plus âgés, qui envisagent un changement de carrière.

Catherine En fait, on croit que le mentorat doit être accessible à tous. Chaque semaine, on rencontre des gens qui n’aiment pas leur job, des professionnels qui mènent des carrières hyper payantes, mais qui décident de recommencer à zéro et de retourner aux études à 40 ans. Le mentorat, le coaching et l’accompagnement sont nécessaires dans ce con­texte. Et c’est prouvé, ça fonctionne ! Grâce au mentorat, on peut réduire le roulement de personnel, bâtir des cultures organisationnelles fortes et faire grandir de belles entreprises.

Certains essaient d’en offrir, mais le processus est encore extrêmement lourd la plupart du temps. Pour moi, la plateforme technologique d’Academos a le potentiel de contribuer à la société, de contribuer à la prospérité collective, mais également au bonheur des individus au travail. Et là, c’est la docteure en psychologie qui parle !