Entrevue avec
Martin Cauchon - Claude Gagnon

Compagnie
Groupe Capitales Médias
Année
2016

La nouvelle vie de la presse régionale .

Quand il était ministre fédéral de la Justice, Martin Cauchon a fait évoluer la définition traditionnelle du mariage. Maintenant qu’il est propriétaire d’une demi-douzaine de journaux, il se consacre à faire bouger un autre modèle figé : celui de la presse écrite régionale. Comment l’actionnaire de Groupe Capitales Médias et son PDG et incontournable allié, Claude Gagnon, y parviendront-ils ? Condensé d’une conversation bien remplie avec un tandem de grands performants.

Q. Martin, ta métamorphose en propriétaire de médias en a étonné plus d’un. Comment expliques-tu ce virage professionnel ?

R. Martin Je ne suis pas un homme d’affaires traditionnel. Ma mission première, c’est la mission publique. Quand je me suis assis avec monsieur Desmarais pour discuter de l’achat de ses journaux régionaux Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Droit, La Tribune, Le Quotidien et La Voix de l’Est, je lui ai dit que ça prenait un propriétaire qui connaît les régions, qui est reconnu par les régions, qui a la passion des régions.

Le mandat m’intéressait ! Mais c’était clair pour moi que ce serait difficile d’y arriver sans Claude, car je ne suis pas un gestionnaire. Claude en est un. On se complète et c’est pour cela qu’on forme une belle équipe. On ne se pile jamais sur les pieds.

Q. Diriger un journal, c’est déjà toute une aventure. Vous en gérez six. Des quotidiens régionaux, en plus. Qu’est-ce qui vous anime ?

R. Martin J’y reviens, mais moi, c’est le service public. L’information joue un rôle fondamental dans les régions. Dans toutes les régions. Nos journaux sont des acteurs et des témoins de la vie communautaire, économique, politique, culturelle, sociale, et j’en passe. Il va d’une saine démocratie qu’on puisse maintenir une information de proximité et de qualité. Tous les matins, je me sens interpellé par cet objectif.

Claude Les médias forment l’un des piliers de notre démocratie. Ils supportent la qualité de vie que nous avons ici. Or la démocratie, ce n’est pas automatique ou éternel ! Il faut s’assurer que nos piliers démocratiques ne s’érodent pas, ne tombent pas. On ne peut pas se permettre de voir des journaux disparaître parce que ce sont principalement eux qui traitent l'information qui sert d'éléments de base à plusieurs grands débats qui en découlent.

Q. Parlant de « disparition », vous avez choisi de ne pas abandonner le format papier, mais de transformer vos journaux en médias multiplateformes. Expliquez-moi cette stratégie.

R. Martin Quand je suis devenu propriétaire des six quotidiens en 2015, ils accusaient un certain retard. Ils étaient en mode papier avec une présence web. Ça nous prenait rapidement de nouvelles plateformes. On devait agir vite. Le modèle qu’on a adopté, celui qui nous définit, c’est le multiplateforme. On souhaite permettre à chaque segment démographique d’opter pour la plateforme de son choix.

Claude Le contenu doit voyager et s'adapter sur plusieurs plate-formes pour plaire à différents lecteurs. L’erreur qu’on ne voulait pas commettre, c’est de simplement transposer le modèle papier dans le numérique. Il fallait créer des ponts entre les deux. Et c’est là où l’équipe de Mirego est intervenue : afin de nous aider à connecter l'univers papier dans lequel nous étions encore avec le nouvel univers numérique.

Q. Ultimement, qu’est-ce que vos lecteurs auront gagné quand vous aurez complété la transition de votre modèle d’affaires ?

R. Claude Leur plus grand bénéfice, c’est de l’information véridique et véritable ! Aujourd’hui, avec internet, n’importe qui peut écrire n’importe quoi. On l’a vu lors des dernières élections américaines : à travers tout ce qui circulait sur les réseaux sociaux, il y avait peut-être 80 % de faux et 20 % de vrai ! C’est une situation particulièrement nocive.

D’un autre côté, certains médias aujourd’hui ont tendance non pas à rapporter les faits, mais à les interpréter et à les commenter. Ils font dans l’opinion plus que dans l’information. Le problème, c’est qu’une grande partie de la population ne fait pas la distinction entre les deux. Ça aussi, c’est très dangereux. Bref, ça en prend de l’information vérifiée, traitée et colligée adéquatement. C’est une composante essentielle de l’équilibre de notre société. Pour nous, la véracité des faits, c’est non négociable !

Martin Il est bon quand il parle de démocratie ! On devrait lui trouver une circonscription !

Parcours de deux travailleurs acharnés

. . . . .

Du temps où il œuvrait encore en politique, Martin Cauchon s’est décrit comme un « chat de ruelle ». Dans l’entrevue qu’il nous a donnée, c’est plutôt Mirego qu’il a qualifiée d’entreprise « féline », à cause de son « extrême agilité ». Pour renchérir sur le même thème, on pourrait dire que Martin Cauchon et Claude Gagnon ont eu… neuf vies tant leurs expériences professionnelles ont été nombreuses.

1978
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Certains commencent leur carrière en bas de l’échelle. Claude Gagnon entame la sienne comme directeur des ventes dans l’industrie du plastique.

1983
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Première expérience dans le monde des médias pour Claude, qui devient directeur du marketing de l’hebdomadaire Progrès-Dimanche et du journal Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

1988
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À 26 ans, l’avocat Martin Cauchon se présente contre le premier ministre Brian Mulroney dans Charlevoix. Il est défait lors de cette élection, mais il se positionne dans son parti.

1991
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À l’Université d’Exeter au Royaume-Uni, Martin réalise un rêve : « faire partie d’une équipe d’aviron ! » Il obtient par-dessus tout une maîtrise en droit des affaires internationales.

1993
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Élu député de la circonscription d’Outremont, Martin prend du galon au sein du Parti libéral du Canada en devenant le président de son aile québécoise.

1994
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Après avoir exploré (avec succès, faut-il le mentionner) le domaine des valeurs mobilières et la consultation en gestion des organisations, Claude Gagnon est de retour dans l’industrie de la presse saguenéenne. Ses fonctions : président du Progrès et éditeur du Quotidien et du Progrès-Dimanche.

1996
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À 33 ans, Martin Cauchon est nommé Secrétaire d’État responsable du Développement économique du Québec. Il sera plus tard promu ministre du Revenu national, puis ministre de la Justice. « C’est là que j’ai déposé le projet de loi sur le mariage entre conjoints de même sexe. »

2001
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Claude Gagnon reçoit un appel de l’éditeur de La Presse : « Il me dit qu’il veut que je prenne la présidence de leur groupe d’imprimeries. J’accepte ! »

2002
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Xième nouveau défi pour Claude, qui débarque à Ottawa en tant que président et éditeur du quotidien Le Droit. Il jouera le même rôle au Soleil quelques années après.

2004
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Martin retourne à la pratique du droit. « J’ai fait le tour de plusieurs bureaux et me suis concentré sur la consultation en droit international », précise-t-il.

2015
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Martin Cauchon prend l’industrie de la presse par surprise en se portant acquéreur des six journaux régionaux de Gesca. Il fonde Groupe Capitales Médias et s’adjoint un PDG d’expérience : Claude Gagnon.