Entrevue avec
Sophie Théberge - Patrick Matos

Compagnie
Bell
Année
2016

Le duo parfait .

Ils se connaissent par cœur, se taquinent abondamment et se respectent manifestement. Sophie Théberge et Patrick Matos sont comme des amis d’enfance. « Comme », car leurs parcours se sont seulement croisés en 2014 chez Bell Média. Là-bas, ils ont notamment eu pour (énorme) mandat de redéfinir la radio grâce au mobile.

On a discuté de médias, de numérique et de collaboration avec ces deux complices ambitieux qui s’amusent à défier le statu quo.

Q. Quelles sont-elles, ces nouvelles réalités qui forcent une entreprise comme Bell à emprunter d’autres voies et à faire les choses différemment ?

R. Patrick Le média, c’est une business qui a fait anormalement trop d’argent pendant trop longtemps. Durant des années, ses marges de profit ont été de 35 à 40 %. Maintenant, ce géant imprimeur de pro­fits est attaqué par les nouveaux joueurs du numérique. Et s’il ne veut pas être le prochain Kodak ou Blockbuster, il doit absolument réinventer son modèle ! Parce qu’avec le coût du contenu qui augmente de manière hallucinante aujourd’hui, la chute des bénéfices peut être rapide et brutale.

Sophie Pour donner un exemple, quand Netflix met en place ses plateformes, il peut ensuite vendre son produit à travers la planète. Son amortissement est bien meilleur que celui d’une compagnie comme Bell Média, qui doit développer les mêmes plateformes, les maintenir et les faire vivre, mais à l’intérieur d’un marché beaucoup plus petit : le Canada. Bref, pour les entreprises médiatiques d’ici, les défis sont encore plus grands. Mais intellectuellement parlant, c’est hyper sti­mulant de tenter de trouver la faille dans le système qui permettra de rester performant.

Q. Le potentiel du numérique est énorme, mais les attentes à son endroit aussi. Créer un produit numérique qui répond aux besoins des consommateurs, est-ce possible ?

R. Patrick C’est vrai que le numérique est un secteur où les attentes des clients, consommateurs et fournisseurs sont parfois complètement illogiques. Tout paraît faisable. Des fois, c’est comme si certains nous demandaient : « Fais-moi un site web rond ! » Tu aurais beau leur répondre que ça n’existe pas, ils insisteraient ! C’est une confrontation qui est à la fois fascinante et épuisante...

Sophie Il y a également ceux que j’appelle les nouveaux fashionistas du numérique. Les personnes qui, chaque fois qu’une nouvelle tendance sort, veulent la suivre, sans se demander si elle aura un impact positif sur leurs revenus. Ça aussi, ça peut taper sur les nerfs ! Mais je pense qu’il faut le prendre comme un défi : être ouverts aux nouvelles tendances, parce qu’elles peuvent être une bonne option, mais toujours garder un côté rationnel et se faire une tête pour vrai sur
la question.

Q. Vous avez le tour pour les collaborations qui fonctionnent. Quand vous avez travaillé avec Mirego, votre équipe et la nôtre ont été super complémentaires. Comment choisit-on un bon fournisseur ?

R. Sophie Pour moi, un fournisseur n’est jamais un fournisseur. C’est un partenaire d’affaires avec qui je bâtis une relation de confiance. Ça, ça signifie que quand je suis dans le champ, je veux me le faire dire ! Quelqu’un qui me lance : « Dis-moi ce que tu veux que je fasse », ça me refroidit complètement. Je ne veux pas d’un fournisseur qui se met seulement en mode « exécution ». La première fois que j’ai rencontré les gens de Mirego, j’ai senti qu’ils souhaitaient que je leur prouve que j’étais une cliente intéressante ! Ça m’a plu qu’ils veuillent choisir leurs mandats plutôt que de prendre tout ce qui passe. Cette intégrité-là m’a accrochée. J’aime savoir que les gens avec qui je collabore vont y mettre leurs tripes, comme nous.

Patrick Je suis d’accord avec Sophie à 100 % !

C’est clair, vous êtes faits pour travailler ensemble !

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QUI SONT SOPHIE THÉBERGE ET PATRICK MATOS?
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« Chez Bell, nous étions comme une sorte de chien à deux têtes », blague Sophie. Pour mieux les connaître, on a demandé à chaque tête de décrire l’autre.

Sophie
vue par patrick

Patrick Sophie, hum, c’est un mélange de plein de choses ! C’est une fille passionnée et explosive. En même temps, j’ai rarement vu une personne aussi rationnelle et réfléchie. Elle est extrêmement intelligente. Elle a occupé d’énormes responsabilités chez Cossette, Astral, puis Bell Média. Sur le plan personnel, Sophie est très proche de sa famille. Elle est aussi profondément fidèle en amitié. Tout comme avec ses employés, d’ailleurs. En fait, elle me fait penser à une louve ! Il faut la voir aller, sur le plancher, avec son équipe de jeunes…

Sophie C’est ça, dis donc que je suis une cougar !

Patrick Haha ! Non, Sophie est une louve au sens où elle est très protectrice avec son staff. Elle aime encourager les gens dans leur développement, leur montrer ce qu’il faut faire et ne pas faire, leur apprendre à travailler ensemble.

Patrick
vue par Sophie

Sophie Si je suis une louve, alors Patrick, c’est une machine ! Il a probablement des disques durs branchés derrière la tête !

Patrick a une capacité et une volonté d’apprendre incroyables. Il creuse tous les sujets. À la base, il vient du domaine de la haute finance. Il a travaillé pour GE et réalisé des mandats aux quatre coins du monde.

Patrick Oui, j’ai travaillé en fusion-acquisition pendant 13 ans. Chaque fois que GE achetait une boîte, une équipe se rendait sur place pour en faire l’intégration.

Sophie C’était la job parfaite pour lui, parce qu’il est capable de calculer plus vite que son ombre, de faire des modélisations et projections, de trouver les faiblesses dans une entreprise. Il est une bibitte à part ! L’un des autres grands atouts de Patrick, c’est qu’il a énormément de charisme et de leadership. Il peut facilement rallier des gens autour de sa vision.

«  Si c’est facile, c’est boring. Dans la vie, il faut que ce soit un peu tough pour en retirer quelque chose.  »